Une contribution de Khider Mesloub – Un groupe de travail de 29 sénateurs Les Républicains (LR) vient de publier un rapport dans lequel ils formulent 17 recommandations pour renforcer prétendument la lutte contre l’islamisme. Pour information, en France l’anti-islamisme sert de paravent à la haine de l’islam et des Arabes.
Entre autres préconisations, outre l’interdiction du voile pour les jeunes filles de moins de 16 ans, les sénateurs français plaident également pour interdire le jeûne du Ramadan aux moins de 16 ans.
Le groupe LR de la chambre haute entend transformer ses préconisations en propositions de loi. D’entrée de jeu, le patron des députés LR Laurent Wauquiez a déposé une proposition visant à interdire le port du voile dans l’espace public pour toute jeune fille mineure.
Une seconde proposition visant à interdire le jeûne de Ramadan aux mineurs de moins de 16 ans va être prochainement déposée.
Autrement dit, sous prétexte de «protection de l’enfance», les sénateurs LR entendent obliger les jeunes musulmans de moins de 16 ans à manger durant le Ramadan, «pour les épargner de la malnutrition». C’est en tout cas l’argument avancé par la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio. «Aujourd’hui on impose aux gamins (musulmans) des choses (le jeûne lors du Ramadan) qui peuvent mettre en danger leur vie au quotidien (leur santé)», a-t-elle déclaré au micro de France Info. «Comment voulez-vous qu’un gamin au collège qui ne mange pas de la journée soit bien à l’école ?» s’est-elle offusquée.
Puisqu’elle se soucie tant, au nom de la protection de l’enfance, de la santé des enfants musulmans de moins de 16 ans qui font le Ramadan, une observance du jeûne suivie par une infime minorité, représentant à peine quelques dizaines ou centaines, on voudrait rappeler à la sénatrice et à ses acolytes du groupe LR qu’il y a en France, toute l’année, et non pas durant un mois, des centaines de milliers d’enfants français contraints de subir l’abstinence alimentaire forcée, c’est-à-dire qu’ils sont privés de nourriture. Une malnutrition infantile structurelle orchestrée par les gouvernants français, plus prédisposés servilement à nourrir leurs maîtres les capitalistes en subventions et exemptions fiscales qu’à secourir les enfants nécessiteux.
«Nous voyons des enfants présentant caries dentaires, obésité et anémie»
Ces dernières années, au quotidien, des professeurs des écoles, des associations ou des maires partagent ce dramatique constat : la malnutrition des plus jeunes est très répandue en France. Des enfants ne mangent pas à leur faim chez eux. Autrement dit, l’Etat français leur impose une abstinence alimentaire, mettant en danger leur vie.
Ainsi que le reconnaissent les associations humanitaires, des centaines de milliers de mineurs, dont des bébés, sont accueillis toute l’année dans leurs locaux pour bénéficier de l’aide alimentaire. Ces enfants bénéficiaires se trouvent aussi bien à la campagne que dans les villes françaises, et ont en commun d’être souvent élevés au sein de familles monoparentales et nombreuses.
Un rapport publié en novembre 2024 indique que presque 25% des jeunes ne mangent pas trois repas complets par jour.
Comme en témoigne un professeur qui enseigne dans une école classée en Rep de la banlieue parisienne : «Beaucoup sont élevés par des mères seules. Certaines cumulent plusieurs emplois. Elles se lèvent très tôt pour aller faire des ménages par exemple, et quittent la maison avant même que l’enfant ne se lève. Certains arrivent à se faire à manger seuls mais pas tous». «Nos écoles accueillent des élèves qui, pour certains, vivent dans une très grande précarité», témoigne une autre enseignante. Pour paraphraser la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio : «Comment voulez-vous qu’un gamin qui ne mange pas de la journée soit bien à l’école ?»
«Nous voyons des enfants qui présentent à la fois caries dentaires, obésité et anémie, soit les trois indicateurs de la pauvreté», souligne un membre d’une association d’aide alimentaire.
Une malnutrition due à la fois au manque de nourriture et à la «malbouffe». Quand bien même beaucoup d’enfants issus de familles défavorisées parviennent à se nourrir, malheureusement, ils mangent le plus souvent des plats transformés trop gras, trop sucrés ou trop salés. Or ces aliments ne sont pas nourrissants.
Pour information, la malnutrition (dénutrition, carences) compromet sérieusement le développement physique, immunitaire, cognitif des enfants. Elle entraîne un retard de croissance, des troubles durables.
Les enfants mahorais présentent une maigreur extrême
Sur le chapitre des problèmes de santé liés à la malnutrition, plusieurs études ont déploré la résurgence du scorbut. En effet, le scorbut est en hausse chez les enfants en France.
Ces dernières années, plus de 900 enfants ont été hospitalisés pour scorbut. La hausse de cette maladie est liée à l’accroissement des difficultés socio-économiques en France, estiment des chercheurs. Le phénomène est interprété comme un symbole de l’augmentation de la précarité alimentaire en France : inflation des prix, notamment des fruits et légumes frais, rendant l’accès à une alimentation équilibrée plus difficile pour les familles modestes.
Pourtant, c’était une maladie censée avoir été éradiquée, réservée aux marins de jadis passant de très longs mois en mer. Or, le scorbut refait un triste retour en France.
Pour rappel, le scorbut est la forme extrême de la carence en vitamine C, ou acide ascorbique. Une vitamine essentielle à l’assemblage des fibres de collagène, vitales pour l’intégrité de la peau, des vaisseaux sanguins et des os notamment ; elle a aussi un rôle dans l’immunité et l’absorption du fer. Or, l’homme est incapable de produire ou de stocker cette vitamine C, il doit donc la trouver dans son alimentation, principalement les fruits et les légumes. Faute d’apport suffisant, apparaissent au bout de 3 mois des hémorragies, des troubles de la cicatrisation, mais aussi des défauts du système immunitaire et de l’absorption du fer.
Dans les départements d’outre-mer (DOM TOM), les populations sont en proie à une malnutrition sévère. En particulier les habitants de Mayotte.
En effet, à Mayotte, département français, une très large partie de la population vit dans des conditions de pauvreté profonde. Près d’un tiers de la population vit en habitat précaire, souvent sans accès régulier à l’eau courante.
Pire. Plus de 8 enfants sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté. Les enfants mahorais présentent une maigreur extrême provoquée par une malnutrition sévère.
On a envie de recommander aux politiciens LR que, au lieu de persécuter et maltraiter les enfants musulmans bien portants avec leurs mesures législatives discriminatoires et islamophobes, ils devraient plutôt s’occuper urgemment des pauvres enfants français non musulmans, contraints de subir l’abstinence alimentaire quotidiennement, imposée par leur pouvoir et leur système, c’est-à-dire leurs amis les dirigeants gouvernementaux, zélotes du libéralisme débridé.
K. M.



