Par Mohamed K. – Des paysans français mènent des opérations coup de poing contre les produits agricoles en provenance du Maroc. Les militants du syndicat agricole ont, en effet, récupéré des barquettes de tomates mal étiquetées. Ces produits portaient la mention «Maroc» alors qu’ils proviennent en réalité du Sahara Occidental occupé.
L’action des militants s’appuie sur une décision claire de la justice européenne. En octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a rappelé que les produits agricoles issus du Sahara Occidental ne peuvent pas être vendus dans l’Union sous l’étiquette «Maroc». Le territoire étant juridiquement distinct, les tomates et melons qui y sont cultivés doivent être indiqués comme originaires du «Sahara Occidental», et ne doivent, en réalité, même pas être commercialisées par la puissance occupante, qui plus est, coupable de violations graves des droits humains. Cette précision est essentielle pour permettre aux consommateurs européens de connaître la véritable provenance des denrées qu’ils achètent. Or, malgré cette jurisprudence désormais bien établie, plusieurs organisations agricoles et associations de défense des consommateurs dénoncent la persistance d’un étiquetage trompeur pratiqué par certains importateurs et distributeurs, complices du régime marocain.
C’est dans ce contexte que s’inscrit une opération ciblant Azura, un groupe, acteur majeur de l’importation de tomates et de melons en Europe, régulièrement accusé d’acheminer vers le marché européen des marchandises produites dans les territoires sahraouis, tout en les présentant comme provenant du Maroc. La Confédération paysanne estime qu’il s’agit non seulement d’un non-respect du droit européen, mais aussi d’une forme de concurrence déloyale pour les producteurs français soumis, eux, à des normes sociales et environnementales plus strictes. Les militants confirment également que ces productions sahraouies relèvent d’un «pillage» des ressources agricoles d’un territoire occupé, dont les populations ne tirent aucun bénéfice réel.
Après avoir récupéré les barquettes frauduleuses, les militants ont pris la route vers une grande surface de la région pour vider les rayons contenant ces mêmes tomates. Par ce geste hautement symbolique, ils ont voulu alerter les consommateurs sur la provenance douteuse de ces produits et pousser la distribution à respecter scrupuleusement la législation européenne. L’action vise aussi à dénoncer les pouvoirs publics français, associés à ce pillage.
La question a par ailleurs pris une dimension politique accrue depuis que la Commission européenne a proposé, à l’automne 2025, un nouveau cadre d’accord agricole avec le Maroc, incluant explicitement les produits provenant des «provinces du Sud». Cette formulation, contestée par plusieurs eurodéputés, permet de contourner la jurisprudence de la CJUE en intégrant indirectement les productions sahraouies dans les flux agricoles marocains. Ce projet porte atteinte au droit des consommateurs et bafoue les décisions de la plus haute juridiction européenne.
L’opération menée en France résonne au-delà du simple contrôle d’étiquetage et remet au centre du débat les enjeux géopolitiques liés au respect du droit international, l’encadrement des échanges commerciaux, mais aussi la fragilité croissante de l’agriculture européenne face à des produits exportés frauduleusement par le Maroc ne respectant aucune norme sanitaire.
Reste à savoir si cette démonstration de force infléchira les pratiques des importateurs et des distributeurs tout aussi prédateurs que le Makhzen, ou si, malgré les mises en garde et décisions juridiques, les tomates sahraouies continueront d’être vendues comme marocaines sur les étals européens.
M. K.



