Par Karim B. – On ne compte plus, en France, les gardiens sourcilleux d’un infâme passé colonial qui s’obstine à ne pas passer. A chaque frémissement diplomatique entre Alger et Paris, à chaque signe, même timide, d’un apaisement possible, les mêmes visages réapparaissent, brandissant les mêmes épouvantails. C’est un rituel bien huilé. Aussitôt qu’un rapprochement se dessine, Bruno Retailleau et Xavier Driencourt s’acharnent à le saboter avec une détermination presque mécanique.
Ainsi voit-on revenir sur scène les tenants d’une vision figée des relations algéro-françaises, qui s’emploient à rallumer des braises mal éteintes, en actionnant la marionnette Boualem Sansal, présenté comme l’oracle d’un discours supposément irréfutable. Peu importe que ce faux écrivain ne soit convoqué que pour valider des positions préexistantes. Dans les médias dominants, à capitaux privés et gouvernementaux, il sert à nouveau de caution à un récit anxiogène où l’Algérie devient l’adversaire idéal, l’ennemi commode, depuis qu’il est retourné en France, après la grâce que lui a accordée le président Tebboune suite à la sollicitation de son homologue allemand qui semble avoir failli à ses engagements.
Et voilà que le pantin Sansal agite l’idée absurde d’une «mobilisation contre l’Algérie», comme si deux nations entières étaient condamnées à s’affronter dans une dramaturgie permanente. Ce discours, loin d’être spontané, relève assurément d’une stratégie politique bien identifiable, menée par ceux qui considèrent encore que l’avenir doit se construire à l’ombre des fantômes de l’Algérie française. On souffle sur les blessures historiques, on remixe l’imaginaire de la rancœur coloniale, et on espère récolter quelques points électoraux en excitant les réflexes les plus primaires.
Ces manœuvres visent aussi à parasiter le travail, ardu mais nécessaire, de responsables français qui tentent – pour une fois – de penser l’intérêt national au-delà des réflexes partisans. Lorsque le Premier ministre Sébastien Lecornu, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ou encore Jean-Noël Barrot aux Affaires étrangères s’engagent dans la voie du pragmatisme, cherchant un dialogue apaisé et utile avec Alger, les contempteurs se réveillent aussitôt. Ce n’est pas l’Algérie qui les obsède, c’est 2027. L’Algérie n’est qu’un marchepied commode pour grimper l’échelle du pouvoir.
Qu’ils ne s’imaginent pas, pourtant, perturber les autorités algériennes. A Alger, en effet, on regarde la France avec lucidité. Nul n’attend plus les promesses lyriques d’un président français, qu’il s’appelle Macron aujourd’hui, Le Pen ou Retailleau demain. Les changements de ton à Paris ne trompent plus personne. La classe politique française apparaît souvent – de loin – comme un théâtre d’ombres où chacun se dispute davantage l’illusion du pouvoir que la résolution des difficultés bien réelles qui écrasent les citoyens français livrés à la rapine des Sarkozy, Dati et tous ces politiciens qui les prennent en otage.
«Les relations algéro-françaises ne se résumeront jamais aux cris des tribunes ni aux saillies de quelques polémistes relancés à heure fixe, car la France compte aussi des voix qui refusent cette hystérisation permanente», indique une source à Paris. «Des responsables politiques, des diplomates, des intellectuels qui préfèrent la sobriété des faits au vacarme des ressentiments. Des figures comme Dominique de Villepin, François Asselineau ou d’autres anciens responsables rappellent régulièrement que la dignité politique consiste à regarder le présent et l’avenir, pas à recycler sans fin les débris d’un passé tragique», étaye-t-elle.
Mais ces voix se heurtent à un système politico-médiatique qui adore la simplification, qui s’épanouit dans la confrontation stérile, qui préfère la polémique au travail patient de reconstruction des liens. La France ne manque pas d’amis de l’Algérie, elle manque de courage pour leur laisser la parole, étouffée par un bouffon élevé au rang d’écrivain.
K. M.


